Recherche

Derniers articles

Sud Education Calvados
8 rue Ampère - 14123 Cormelles le Royal
02 31 24 23 36 - 06 72 67 50 13

Santé au travail: notre lutte collective

 

Le quotidien de notre travail syndical nous permet de faire un petit inventaire de nos conditions de travail. Des collègues nous alertent sur la situation dans tel ou tel établissement : ici, l’institution qui ne prend pas en charge des élèves qui ont des besoins spécifiques et qui posent quotidiennement des problèmes que les équipes encaissent seules ; là, un-e collègue ou un-e supérieure hiérarchique qui met la pression ; partout un climat de tension, la charge de travail qui augmente, et la marge de manoeuvre qui s’amoindrit pendant que le sentiment d’isolement grandit. Et notre santé ?


La santé au travail se construit avec les autres, c’est une conquête que nous devons mener ensemble. Et reconquérir collectivement notre pouvoir d’agir permet de nous sentir en bonne santé au travail malgré les difficultés. Les techniques managériales ont rendu difficile à appréhender la différence entre le travail réel et le travail prescrit. Le management vise à augmenter les profits mais aussi à s’emparer du travail par l’idéologie en structurant par l’aliénation pour conformer les personnes à une vision politique. Cela s’observe notamment dans la sous-traitance où les structures de soutien social sont éclatées. Le management a pour corollaires l’individualisation, l’intensification du travail et son instrumentalisation. L’individualisation du travail fragilise le support à la base d la syndicalisation et nous devons nous appuyer sur des collectifs de travail pour avoir une conception commune, et si nécessaire mener des résistances collectives.


L’intensification de la tâche est manifeste depuis 7 ans, après 25 ans de pause, selon des collectifs de médecins du travail. Elle se caractérise par la densification du travail, la suppression des temps morts. Et l’on constate que plus l’activité est socialement dévalorisée, plus la densification augmente.

 


L’instrumentalisation consiste, quant à elle, à conquérir par l’idéologie l’autonomie morale des personnes, la citoyenneté dans l’institution. Cela procède du Lean management (lean = maigre) : manager avec rien. Et le travail est organisé pour apporter un substitut d’engagement des personnes dans un domaine bridé dans lequel elles se dépensent au travail en s’épuisant (les usines Toyota sont un des exemples). L’engagement dans le travail de cette sorte est mortifère.


Le management produit principalement deux effets : la souffrance des personnels et leur engagement dans des mécanismes inconscients de défense. Ces mécanismes revêtent un intérêt à court terme : tenir, mais sont porteurs d’un grand danger : faire rideau à l’adversité pour se protéger au lieu de changer le monde. Les personnels sont ainsi guidés par la peur et la honte due à la souffrance éthique (faire des choses contraires à ses propres valeurs). En cas d’effondrement de cette défense vient la haine (de soi).


Vingt-trois à vingt-sept pour cent des enseignants sont en situation de risques psycho-sociaux (RPS). Et si l’évaluation individuelle amène une destruction des collectifs, c’est souvent une minorité qui est touchée car des stratégies individuelles de compensation entrent en jeu. C’est donc un enjeu fort pour la lutte syndicale que de rester connecté à la réalité du travail.


De son côté, l’employeur prétend prendre en compte la souffrance des personnels. Et il se dédouane en faisant produire des rapports à des observatoires sociaux dont les conclusions sont si décalées dans le temps et si globalisantes qu’elles ne sont d’aucun éclairage. Parfois, elles mènent à de prétendues actions de soutien comme les cellules d’écoute (groupe avec médecin, DRH et assistante sociale pour gérer les cas individuels dans le cadre d’un secret partagé) qui poussent l’individualisme jusqu’à la victimisation en psychologisant et en médicalisant les personnels, les privant de leur communauté d’appartenance, ou encore comme les numéros verts qui évacuent de l’institution les problèmes là où il y aurait besoin de penser quelque chose. Dans les deux cas, aucune socialisation n’est permise mais, et c’est là leur intérêt, la souffrance est empêchée de revenir vers l’organisation du travail.


Il est de notre responsabilité collective de subvertir ces situations de souffrance au travail, de mettre les difficultés en débat entre pairs. Agir entre pairs, de façon bienveillante, plutôt que de subir la subordination, retrouver une communauté d’appartenance avec des règles professionnelles, c’est se donner les moyens d’améliorer nos conditions de travail. C’est l’esprit des lois Auroux de 1982 relatives au droit d’expression des salarié-es.


Les représentants des personnels au Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) s’appuient notamment sur ces lois Auroux et leur déclinaison dans la fonction publique (le décret 82-453) pour contraindre les chefs de service à prendre en compte les risques psycho-sociaux.Il nous faut pouvoir élaborer collectivement des règles de travail, comprendre ce en quoi les modalités de souffrance au travail font cause commune de la santé (même si les souffrances sont toujours individuelles). Subvertir les motifs de souffrance par des luttes collectives, en s'appuyant sur des outils* et des collectifs de travail. Tel est l’enjeu.


*Registre de santé et de sécurité au travail, registre de danger grave et imminent, visite médicale de prévention, CHSCT…


Télécharger le dossier


Agenda militant

<< Févr. 2018 >>
LMMJVSD
1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728

Statistiques

Depuis samedi 27 fevrier 2010

mod_vvisit_counterAujourd'hui2083
mod_vvisit_counterHier2220
mod_vvisit_counterCette semaine4303
mod_vvisit_counterLa semaine dernière19498
mod_vvisit_counterCe mois-ci60783
mod_vvisit_counterLe mois dernier121501
mod_vvisit_counterCumul5835487

 ,